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Un de mes petits plaisirs et d'aller passer un moment dans une bibliothèque sans idée précise, juste avec mon "carnet de tous les jours" et ma boîte d'aquarelle. Dépasser les romans, les essais, toute la littérature, pour me perdre dans les documentaires, et là, me laisser guider, prendre un livre, un autre, au hasard. Souvent je reviens au premier, c'est lui qui m'a appelé en passant, et je comprends que c'est avec lui que j'avais rendez-vous. M'installer sur une table près de la baie vitrée, dans le silence ouaté propre au lieu, et feuilleter mon livre à la recherche de l'image qui, mine de rien, m'attendait. Cette fois c'était un livre sur la représentation des femmes au Néolithique, j'avais rendez-vous, sans le savoir, avec cette femme gravée dans un défense de mamouth il y a de ça plus de 30 000 ans. J'ai été émue, j'ai dessiné, comme un lien entre cette femme disparue il y a si longtemps, et moi, vivante aujourd'hui. La lenteur de l'aquarelle façonnait une bulle dans laquelle nous étions toutes les deux, elle et moi, à trente millénaires de distance. Je posais les ocres, revenait du bout du pinceau sur une fissure dans l'ivoire, soulignait l'oeil, l'arrondi de la joue, la coiffure. J'étais bien loin, j'étais si bien.