la leçon de Frida

La belle Frida n'a jamais renoncé, n'a jamais baissé les bras. Elle s'est battue, obstinée, acharnée, criant plus fort que la douleur de son corps fracassé. Je pense à elle, souvent. Et pour les jours qui viennent je penserai encore à elle, puisant un peu de force dans la formidable leçon de volonté qu'a été toute sa vie. Il me faut me recentrer, faire avancer les projets sous peine de m'engloutir dans les sables mouvants d'un quotidien difficile, accompagner mes cinq adolescents dans leur chemin de vie chahuté. Il me faut préparer mon coeur à quitter cette maison qu'il croyait sienne pour toujours, il me faut reconstruire, rebatir une autre vie sur les ruines de l'ancienne. Alors ce blog va s'endormir un peu, quelques jours, quelques semaines, je ne sais. J'y reviendrai lorsque j'aurai à nouveau apprivoisé le soleil.

au Domaine du Quay

Ce samedi-là, la cave n'était pas ouverte au public, fermée "pour cause de mariage". Ce samedi-là il y avait des fleurs de lavande lancées sur les mariés à la sortie de l'église, il y avait des rires et des embrassades, de l'émotion, tant de joie, des invités venus de si loin ou de tout près, il y avait ces sourires qui m'attendaient, cette mariée qui semblait exactement faite pour entrer dans cette famille-là. Oui, la fête était belle et restera dans mon coeur comme un petit caillou précieux, chaud et rond, à tenir dans la main les jours d'âme grise...
jour de fête

Charger la voiture, partir plein sud pour une longue journée de route, à l'arrivée les serrer sur mon coeur, me remplir de leur présence, de ce lieu que j'aime tant, du ciel enfin bleu au-dessus de ma tête, de ces retrouvailles joyeuses. Etre avec eux pour partager ce jour de fête, ces épousailles rieuses. Il y aura les vignes autour, la mer tout à côté, les générations mélangées, les promesses de se revoir bientôt. Il y aura aussi les absents, ceux qui n'entendront plus l'accent chantant du Midi ni le vent dans les feuilles des vieux marronniers du jardin. Alors nous lèverons nos verres à leur souvenir et ils seront là quand même, et la fête sera complète.
retour au jardin



C'était si bon de pouvoir sortir, enfin, de retrouver le jardin luxuriant après toute cette eau tombée du ciel, si bon d'offrir son visage au soleil, de s'installer sur la terrasse pour prendre le café avec l'amie de passage, de laisser la porte du jardin grande ouverte pour faire respirer la maison. J'avais tant besoin de cette lumière revenue, de cette respiration pleine enfin retrouvée. Les rhododendrons font exploser les roses, les mauves, les violets, les rosiers gonflent leurs bourgeons de toute la sève printanière, les bleuets jouent à cache-cache un peu partout, et moi je suis si heureuse de les retrouver.
pour soi

Réapprivoiser ce plaisir-là, celui de choisir une tenue, de la poser sur le lit, d'ajouter ceinture, foulard, bijoux, imaginer d'autres accords de couleur, une ligne plus fluide ou plus droite, réfléchir à un maquillage, une coiffure, hésiter entre le chignon un peu sauvage ou les cheveux lissés qui glissent dans le dos. S'autoriser cela, parfois, dans la solitude du jour qui se lève, se "faire belle", pour soi, juste pour soi, et savourer ensuite, le long des heures, l'infinie douceur de la paix faite avec soi.
demain

Demain beaucoup seront heureux, remplis de l'espoir d'un temps nouveau forcément meilleur, et beaucoup également seront accablés, inquiets. Demain je penserai à ceux et celles qui m'ont fait suivre des textes, sites, appels pour l'un ou l'autre candidat, à ceux et celles qui aujourd'hui y croient et attendront la vingtième heure pour exulter ou pour pleurer. Je penserai à eux, à elles, mais mon coeur à moi sera, de toute façon, détaché. Je n'y crois pas, je n'y crois plus. En cinq ans j'ai vu mon petit pouvoir d'achat inexorablement baisser, les aides disparaitre, les charges augmenter, j'ai vu des injustices, tant d'injustices, tant de dureté. Je n'aspire qu'à une chose, une plus grande humanité. Mais je ne peux imaginer que cet homme présenté comme le sauveur, qui en quatre années de présidence de son département a fait exploser la dette de celui-ci, que cet homme qui a supprimé dans ce même département les aides aux familles, aux écoliers, aux étudiants, aux handicapés, aux personnes âgées, que cet homme élevé dans les meilleures écoles de Neuilly et ami des mêmes grands patrons que son adversaire soit de quelque manière que ce soit l'homme de la situation. Alors puisque nous sommes dans une impasse je n'irai me fracasser la tête ni contre le mur de droite ni contre le mur de gauche, je poursuivrai mon tout petit chemin, attentive aux rencontres vraies, aux échanges amicaux et sereins, aux petites gens du quotidien, à la vraie solidarité, à tout ce qui manque tant à nos grands hommes.
plus à l'Ouest




Petite virée plein Ouest, vers la mer qui serpente au milieu des terres, vers la terre aux maisons de pierre dorée, dans la presqu'île de Plougastel-Daoulas lovée au milieu de la rade de Brest. J'y ai vu les derniers nuages se sauver vers l'intérieur des terres, j'y ai entendu des histoires faisant revivre la jeunesse de mon grand-père, j'y ai partagé le repas d'une jolie famille, j'en ai rapporté les deux paquerettes offertes, au moment du départ, par un tout petit Malo haut comme trois pommes.
retour d'expo

La pluie, maussade, froide, a dégouliné toute la journée sur les baies vitrées de la grande salle d'exposition, et à mon retour à la maison la fatigue m'est tombée d'un coup sur les épaules, comme à chaque fois. Guilhem avait préparé le feu qui m'attendait dans le poêle et un repas chaud dans mon assiette. J'ai dîné lentement, en regardant les flammes danser sur les buches, laissant ma fatigue peu à peu se lisser, s'étaler comme la surface d'un lac après la tempête. Ma soirée se dessinait, douce, silencieuse. Je me suis préparé une infusion de ce tilleul cueilli l'an dernier chez Caroline, ai ajouté une petite cuillère du miel de Stéphanie pour mettre son sourire dans ma tasse. Quelques carrés de chocolat, le choix d'un très bon film glissé dans le lecteur, mon chien couché là, veillant sur mon repos comme moi sur le sien. C'était tout ce qu'il me fallait, tout ce que je voulais pour laisser, dehors, la nuit mouillée prendre ses aises.
19 en famille



C'était à notre tour de fêter Guilhem, à notre tour et à notre façon. Il y avait du champagne rosé dans les antiques coupes en cristal, un repas gourmand que nous avions préparé tous les deux en faisant semblant de nous chamailler sur le choix de la musique à écouter. Il y avait des paquets enrubannés, des rires en cascade pendant que le soir tombait derrière la fenêtre. Pour finir nous avons chanté, serrés les uns contre les autres pendant que Guilhem nous accompagnait à la guitare, nous avons chanté et levé nos verres à la santé de ce beau garçon amoureux de la vie.
Après la tempête
Ce matin, avant même d'ouvrir les yeux, j'ai écouté le silence, le presque silence revenu. Hier soir encore, à la nuit tombée, la tempête était là, enveloppant la maison, une vraie tempête d'hiver rageuse et triomphante, une tempête contre laquelle on ne peut rien faire, seulement attendre, faire le dos rond, se pelotonner, écouter la maison craquer. Elle en a vu d'autres, des tempêtes, roder autour de ses lourds murs de granit, chercher la faille, le volet mal accroché. Et ce matin est un matin d'après-tempête, celui ou le ciel, lavé à grande eau, étale son bleu de cristal et bouscule de petits nuages inoffensifs. On s'habille, on sort faire le tour du jardin. Quelques branches cassées autour du vieux noyer, une tente, laissée par les garçons, a largué les amarres et traversé tout le jardin pour s'encastrer dans la haie du potager. Rien de bien grave, voici un autre jour.

