DSCN0081

Le dimanche, le soleil, ce petit air gai qui tournait dans la lumière, tout m'appelait dehors. Je suis partie dessiner dans la forêt de Boquen, autour de l'abbaye blonde. Autour de moi, partout, de sous le vert brun des bois d'hiver claquaient les pousses d'un vert acide, jaune, craquant. Ce n'est pas encore la grande exhubérance qui viendra dans quelques semaines, lorsque la vie explose de partout en un feu d'artifice de teintes acidulées, mais déjà, pour qui regarde, la jeune pousse est là, fragile et volontaire, presque têtue. Je me suis assise là, au bord du talus, la boîte d'aquarelle posée sur la mousse et le pinceau trempé directement dans le ruisseau glacé qui coulait à mes pieds. Il y avait des mois que je n'avais plus dessiné dehors et j'ai adoré retrouver ces sensations particulières, le vent frondeur qui vient tourner les pages, la lumière changeante, le chant de la forêt. Et lorsque je me suis sentie épiée, je n'ai pas bougé la tête, juste tourné mon regard, tout doucement, jusqu'à croiser celui du renard, à quelques mètres. Je n'ai pas bougé, lui non plus, nous retenions tous les deux notre souffle, et puis hop, un bond, un autre, et voilà mon beau rouquin disparu dans un pli de la forêt.

DSCN0082