juin 2017

Il y a de ces instants que l'on voudrait poser sur la paume, que l'on voudrait glisser doucement dans un petit flacon pour le garder, de ces instants parfaits où l'on goute le silence du jour qui s'éteint, de la lumière qui coule vers l'ouest. Il n'a pas fait trop chaud, le jardin ne crie pas de soif, et la douceur de l'air est, à cet instant parfait, tiède et moëlleuse. J'aime alors faire le tour du jardin, écouter le bavardage des roses épanouies, encourager les petits plants de framboisier, dénicher quelque fraise sous leur robe de vert strié, essayer de convaincre les merles de nous laisser quelques cerises. Le vieux noyer prépare avec soin une belle récolte d'automne, les noisetiers se chamaillent au fond du jardin, la glycine me demande un nouveau support à détruire, sous la rhubarbe s'endort un joli crapaud. Et dans le soir qui tombe, au gré de ma balade, chacun discute, prend des nouvelles, seuls les iris ne parlent à personne et s'estiment trop bien pour se mélanger au petit peuple, le pommier se penche un peu vers le laurier pour mieux l'entendre, que se racontent-ils ces deux-là ? Le soir tombe, les conversations baissent, la pénombre, en bleu de Prusse, s'impose. Et dans la nuit venue, tout doucement, ronfle le petit crapaud.