chevalier

"J'aimais broyer les ingrédients qu'il rapportait de chez l'apothicaire, des os, de la céruse, du massicot, admirant l'éclat et la pureté des couleurs que j'obtenais ainsi. J'appris que plus les matériaux étaient finement broyés, plus la couleur était intense. A partir de grains rugueux et ternes, la garance devenait une belle poudre rouge vif puis, mélangée à de l'huile de lin, elle se transformait en une peinture étincelante. Préparer ces couleurs tenait de la magie. Grâce à lui, j'appris à laver les diverses substances afin de les débarrasser de leurs impuretés et d'en exprimer les couleurs authentiques. Je me servais d'une série de coquillages pour récipients, rinçant les couleurs jusqu'à une trentaine de fois afin d'en retirer craie, sable ou gravillons. C'était là un travail long et lassant, mais il était gratifiant de voir la couleur devenir plus franche à chaque lavage et plus proche de celle que l'on recherchait..."